A 15 jours des championnats du monde, un journaliste demande au perchiste français Renaud Lavillenie, prétendant au titre suprême de champion du Monde :

Quelle différence entre la compétition d’il y a deux ans ou vous avez eu une médaille de bronze et maintenant ?

La réponse est directe :

Il y a deux ans c’était ma première compétition internationale à l’étranger. J’y ai vu la pression, l’organisation…

Maintenant j’ai un panel d’expériences beaucoup plus étoffé.

Quelle belle réponse. Mais, au fond, qu’est l’expérience ? Certains affirment que c’est le nom que l’on a donné aux erreurs du passé. D’autres pensent que c’est la lanterne rouge qui éclaire ce qui est dans le dos . On entend également que c’est tout simplement ce que l’on a fait.

Tout cela est bien beau mais ne nous apporte rien de constructif. On fait là seulement un étalage de ce que l’on a vécu, de ce que l’on a essayé. Ca n’apporte rien sinon souvent des regrets.

Il y a peut-être une autre façon de définir l’expérience :

C’est ce que l’on fait de ce que l’on a fait. Relisez bien cette définition qui devient très intéressante pour nous. Arrêtez même votre lecture et imprégnez vous de cette phrase : C’est ce que l’on fait de ce que l’on a fait.

Que faut-il entendre par là ?

Imaginez que vous fassiez un acte quelconque et ce dans n’importe quel domaine. Vous réussissez ou vous échouez. Peu importe à la limite. Vous avez fait un acte.

Si vous arrêtez l’histoire à ce moment là, ce n’est pas de l’expérience. C’est un acte fait. Il ne vous apporte rien de plus. Par contre si vous vous dites : J’ai fait cela. Qu’est-ce que je peux en faire ? Qu’est-ce que cela m’apporte et que vais-je faire dans le futur pour reproduire (réussite) ou non (échec) ce que j’ai fait. Là vous acquérez de l’expérience.

Exemples dans la danse

Exemple 1

Prenons un premier exemple simple, presque évident. Cette illustration est faite uniquement pour la compréhension de concept.

Mais peut-être avez-vous connu cette situation si ce n’est vous ce sont vos proches ou connaissances.

Vous arrivez en compétition ou au passage de médaille ou au cours et à ce moment là vous vous apercevez que vous avez oublié quelque chose d’important pour vous. Par exemple un nœud papillon. Si cela arrive souvent, vous ne manquerez pas d’entendre la personne qui est avec vous vous dire : C’est chaque fois pareil. Tu oublies toujours tout. T’es vraiment une tête vide ! C’est pas possible ça ! Il n’y en a qu’un comme ça et il faut que ça tombe sur moi ! Mais qu’est-ce que je fais pour mériter ça ? …

Cela laisse sous-entendre que ce n’est pas la première fois. Et que donc vous ne vous êtes pas servi de “la mauvaise expérience” précédente. Si cela vous est déjà arrivé, et en appliquant le “qu’est ce que je fais de ce que je fais”, peut-être auriez vous mis des solutions pour éviter que cela ne se reproduise. Par exemple un check-list dans votre sac, ou accrocher systématiquement votre nœud papillon quelque part…

Si en fait vous avez vécu l’histoire du nœud papillon qui casse, alors vous savez que vous devez en prendre un de rechange au cas où. C’est se servir de l’expérience, de ce que vous avez fait. Sinon vous vous rangez derrière l’excuse de la malchance mais que cela ne devrait pas se reproduire. Et évidemment cela se reproduit.

Exemple 2 :

Vous arrivez en compétition. Vous vous apercevez que la piste est plutôt carrée. Et en dansant vous n’arrivez pas à passer vos chorégraphies. Vous vous arrêtez en permanence. Bref votre passage est catastrophique et vous n’avez pas pu vous exprimer.

Là encore plusieurs possibilités :

- Soit vous dites : ce n’est pas normal de faire danser les couples sur une telle piste. C’est une honte. Bref vous avez raté votre passage et vous mettez cela sur le dos des autres.

- Soit vous vous servez de cette compétition pour étoffer votre bagage d’expériences. Par exemple vous dites : il faut que je mette en place une stratégie pour que je puisse être opérationnel quelque soit la configuration de la piste. Par exemple je vais imaginer différentes tailles de piste à l’entrainement et je vais adapter ma chorégraphie en fonction. Ou alors je vais travailler mon “floorcraft” avec mon entraineur ou alors je vais …

Donc pour chaque cas je vais étoffer mon panel de réponse à cette hypothèse  qui pourrait se poser. Soit j’adapte mes chorégraphies, soit je ….. Ainsi pour chaque cas vous avez une solution.

C’est cela l’expérience. Vous avez eu un problème, que dois-je faire pour que ce problème ne se reproduise plus dans le futur ? Quelles solutions dois-je mettre en œuvre pour y répondre ?

Cela ce passe également pour le mental. Vous vous apercevez par exemple que vous ne dansez pas bien s’il n’y a pas de public. Parfait. Soit vous restez sur ce constat (j’ai fait), soit vous cherchez une solution pour que, si cela devait se  reproduire, vous pourrez danser au mieux (qu’est ce je fais de ce que j’ai fait ?)

Ainsi dans tous les domaines : préparation physique, mentale, chorégraphique, alimentaire… vous allez acquérir un panel important de solutions pour chaque problème rencontré ou prévu. Vous vous construisez ainsi une encyclopédie de solutions. Le fait d’avoir des solutions aux problèmes qui se sont déjà posés, et par là même anticiper d’autres problèmes, est un facteur de réussite.

Vous avez ainsi une solution toute prête et déjà travaillée. Cela vous donne plus d’assurance, de sérénité et de maitrise dans votre prestation.

L’expérience pour mieux danser

Françoise Kourilsky définit un gagnant et un perdant comme suit :

Un gagnant est celui qui sait ce qu’il va faire s’il perd, un perdant est celui qui sait ce qu’il va faire s’il gagne.

Modestement je serais tenté de rajouter, un gagnant est celui qui sait ce qu’il va faire s’il perd et s’il gagne.

En effet, l’expérience se passe dans les deux sens. D’une part quand on perd nous avons vu que l’on doit se servir du fait ou de l’action (ici un échec) pour trouver une solution. Celle-ci vient enrichir notre panel d’expériences. Si cela doit se reproduire, on sort notre solution.

Mais cela est également valable dans le cas où il y a eu une réussite. Comment faire pour renouveler l’expérience positive que vous venez d’avoir. Il ne s’agit pas de dire que vous avez eu de la chance, que c’est le hasard, que je suis un bon… Non !   Qu’avez-vous fait ? Comment avez-vous fait ? Qu’avez-vous ou à quoi avez-vous pensé ? Mettez cette expérience dans votre encyclopédie et sortez la chaque fois que nécessaire.

Vous vous bâtissez ainsi utilement un panel très important et étoffé de possibilités qui vous permettra d’avoir une solution à tout problème rencontré.

Ainsi vous pourrez aller haut dans la danse, comme Renaud Lavillenie à la perche !

“Le succès ne consiste pas à ne jamais faire d’erreur, mais à ne pas faire la même plusieurs fois.” Bernard Shaw

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